Hortense se sent
apaisée. Elle n’a jamais ressenti un tel
bien-être . Ni les séances de spas, ni
les plongeons dans l’eau de la piscine
ou de la mer ne lui ont procuré une
sensation de plénitude aussi intense. Elle sait et elle voit qu’Agathe est là
pour l’écouter, la comprendre sans la juger. Déjà, sa meilleure amie lui a pardonné.
Leur lien d’amitié s’est renoué instantanément, naturellement.
-« Tu ne peux pas
imaginer comme j’ai souffert de la froideur de ma mère ! C’est
peut-être pour ça que je recherche tant les destinations exotiques, là où le
soleil te brûle la peau ! » explique Hortense.
« Alors, quand tu
m’as offert cette fiole d’« Eden » de Cacharel, rien qu’en voyant ce
flacon verdâtre, sans même en sentir ces effluves, ce sont tous les moments
difficiles de mon enfance qui ont rejailli violemment ! »
Hortense
continue :
« Je me rappelle d’un
autre évènement. Tu vas comprendre.
J’étais partie me balader à vélo dans les
champs autour de la maison. Je devais peut-être être âgée de 10 ou 11 ans. Tu
sais, même si le parc familial était
grand, il fallait toujours que j’aille voir ailleurs, plus loin. Papa était
d’accord, il n’y avait pas trop de danger, pas de trafic, seulement quelques
promeneurs. Je suis donc partie faire mon petit tour mais à un certain moment,
curieuse comme je l’étais déjà, j’ai voulu explorer un sentier agricole que je
ne connaissais pas.
C’est bien sûr dans
cet endroit isolé que la roue avant de ma bicyclette s’est coincée dans une
ornière. Je suis tombée lourdement et une vive douleur a aussitôt transpercé ma cheville. »
-« Que s’est-il
passé » ? l’interrompt Agathe.
-« Je suis restée
quelques minutes allongée par terre, le temps de reprendre mes esprits et comme
personne ne passait aux alentours, je me suis relevée tant bien que mal sur ma
jambe valide. J’ai redressé péniblement mon
vélo et remis sa roue plus ou moins d’aplomb. Je suis ainsi retournée vers la maison à cloche-pied en me servant de ma
bécane comme d’une béquille. C’était
vraiment pénible. La douleur était atroce. »
-«Je ne vois pas
vraiment le lien entre ta maman et ton histoire » la coupe à nouveau Agathe.
-« Attends une
minute.
Arrivée sur la partie
carrossable du trajet, à peu près à mi-route, une voiture m’a croisée. C’était
tante Lulu. Elle venait justement à la
maison avec Sam.
J’ai aussitôt lâché
mon vélo et me suis écroulée par terre. Inquiète, ma tante a couru vers moi,
s’est agenouillée sur la route poussiéreuse et a essayé de comprendre d’où venait ma souffrance. Elle n’a pas hésité à enlever son foulard aux superbes
dégradés turquoises pour essuyer le sang de mes genoux écorchés. »
-« ce n’était pas
trop grave ? » demande Agathe.
-« Elle m’a
directement emmenée aux urgences car ma cheville était fortement gonflée et je
ne savais plus poser mon pied à terre.. J’ai ensuite été plâtrée pendant six semaines.
Mais tu vois, Agathe,
ce que je retiens de cet épisode, ce sont les gestes doux de ma tante, son
attention à mon égard.
Je me suis souvent demandé
si ma mère aurait daigné salir son Jeans et son foulard pour me procurer un peu
de cette compassion.
En tous cas , encore
une fois, ce n’est pas elle, qui est venue me rejoindre aux urgences. C’est
papa. Ce jour-là, il était à la maison et c’est lui qui est venu me chercher. »
Hortense se tait enfin
et apprécie l’écoute silencieuse de son amie. L’azur du ciel renforce ce sentiment de sérénité. Au
bout de quelques instants, son smartphone se met à vibrer.
« Tiens, quand on
parle du loup ! »
C’est Sam qui lui
envoie une série de clichés.
Ils concernent tous
Hortense quand elle était enfant. Sur toutes les photos, elle est accompagnée
d’une Nounou mais jamais de sa mère. Et puis, Hortense remarque un autre cliché,
un peu plus ancien :
Une dame
tient deux nouveaux nés dans ces bras. Elle est épanouie et leur sourit.
Cette dame au visage paisible ressemble étrangement à sa mère.