Encore une journée
sans lumière sur Roissy - Charles de Gaulle.
Hortense n’a pas
revêtu son uniforme d’hôtesse de l’air. Cette fois, elle se fond dans la masse
anonyme des touristes de l’aéroport. Seule, sa tignasse la distingue des
autres. Seule ? Non, une autre chevelure fauve s’échappe d’une casquette.
Elles sont assises
face aux larges baies de la salle d’attente et observent les avions qui transpercent le
ciel bas.
« Je vais faire
un tour au « Duty free ». Tu m’accompagnes ? » demande Madame
Duquesnoy.
-«Non, merci. Je
préfère rester ici. Prends ton temps. »
Hortense profite de
l’absence de sa mère pour sortir de sa poche, la lettre que lui a glissée son
père ce matin avant leur départ.
-« Tiens, tu
liras cela à l’aise quand tu en auras l’envie »
Bien sûr, l’envie est là
depuis qu’Hortense sent ce papier contre elle. Son père devait bien se douter
qu’elle ne saurait pas attendre très longtemps. Alors, puisque l’occasion se
présente….
« Ma belle
Hortense.
Quand tu liras
cette lettre, tu seras partie pour la première fois en vacances, seule, avec ta
mère. Tu ne peux pas imaginer comme cela me comble de joie ! Bien sûr,
j’aurais aimé être de la partie mais ce sera pour une autre fois.
Je tenais à t’expliquer
ma position durant toutes ces années..
J’ai, moi aussi,
beaucoup souffert de la mort de Rosette. Pour moi, ce fut un triple deuil. J’ai
perdu une de mes filles, la relation avec ma femme adorée et une famille que
j’aurai voulu pleine d’amour et de chaleur. Mais Cecilia m’avait fait jurer de
ne plus jamais parler, ni entre-nous, ni aux autres, de notre petite fille.
Sinon, elle me quittait. Je n’aurai pas supporter qu’elle t’emmène loin de moi.
Alors, j’ai agi comme un lâche. Pour me rendre la vie plus supportable, je me
suis noyé dans le travail. Comme tu le sais, cela a payé. Les sociétés ont bien
prospéré. Mais à quel prix !
Et puis, Sam a créé
son blog familial. J’ai décidé, il y a quelques temps, de le mettre dans la
confidence. Je lui ai donné la photo avec les
bébés et je lui ai demandé de la publier. Ta réaction a été rapide.
Comme je l’espérais, tu es venue demander des explications. Le reste, tu le
connais…
Profite bien de ton séjour, ma belle Hortense, revenez moi toutes les deux en
super forme.
Je t’embrasse
très fort.
Ton papa »
Hortense a juste le
temps de cacher sa lettre et son émotion quand sa mère revient du « Duty
free ».
« J’’aimerais
t’offrir un parfum, Hortense. J’en ai repéré un. Mais je trouve que c’est
tellement personnel que je préfèrerai que tu viennes donner ton avis . Si
il ne te convient pas, on pourra en choisir un autre ensemble. »
L’émotion envahit à
nouveau Hortense. Déjà, la lecture de la lettre lui a mis le cœur en miettes.
Maintenant, sa mère veut lui faire un
cadeau de réconciliation ! À elle, qui les a rejetés tant de temps !
Ce que Madame
Duquesnoy ne sait pas, c’est qu’Hortense aussi, a songé à un cadeau. Elle a
retrouvé dans sa galerie photos, le cliché du salon de tatouage. Elle voudrait
y emmener sa mère quand elles seront arrivées à destination.
Hortense a compris que
la mort de la petite Rosette l’ a marquée dans sa chair, toute sa vie, de façon
cachée. Maintenant, elle aimerait qu’elle
ose exposer son souvenir à la vue de tous. Elle va donc le lui proposer.
Elle a imaginé un calligramme avec le prénom de sa sœur. Le R y serait mis en valeur. Le R de Rosette mais
aussi de regrets , de résilience et de réconciliation .
Le premier T de Rosette, lui, s’élèverait
beaucoup plus haut vers le ciel. Son trait prendrait la forme d’un soleil couchant. Il symboliserait la
disparition de sa sœur.
Hortense connait déjà l’artiste. Si sa mère
accepte, il n’y a plus qu’à lui soumettre son idée pour qu’il la concrétise.
-« Alors,
Hortense ? Je ne te connaissais pas comme ça ! Tu es plus vive
d’habitude ? On y va à ce Duty Free ? »