lundi 27 avril 2026

Hortense

 

Hortense

 

Prologue

 

Enfin !

Journée terminée !

Hortense se jette avec délice dans son canapé tout en lançant ses escarpins d’un coup de pied rapide.  Ils atterrissent tous deux près de la fenêtre.  Encore heureux que cette fois-ci, son geste ait été précis car ils auraient très bien pu s’envoler par la baie ouverte comme la dernière fois…

Elle sourit en se remémorant les invectives de sa voisine qui les avait reçus dans ses géraniums.

-          Hortense !!  Enfin !  La dernière fois, c’était l’eau de vos basilics, cette fois-ci vos chaussures, la prochaine fois, vos petites culottes ?

Ce souvenir l’a déjà détendue !  Elle le savoure autant que la libération de ses orteils.  Mais quelle idée d’obliger les hôtesses de l’air à porter ces instruments de torture.  Et dire que les femmes sont libérées!  Elle observe le joli tatouage qu’un Tahitien lui a gravé lors d’une escale à Papeete.  Un tatouage, discret, délicat, léger. Un calligramme qui s’envole puis s’enroule comme une vague.  A nouveau, elle le trouve splendide.  Son premier acte de rébellion, quand elle a voulu s’émanciper de sa famille.

Hortense Duquesnoy !  Quel nom difficile à porter.  Papa, homme d’affaires, CEO des magasins Duquesnoy et consorts, à l’International !  Maman, Cécilia pour les intimes, de toutes les œuvres caritatives.  Impossible de sortir à Lille sans être directement associée à cette famille, charismatique mais ô combien  envahissante.  Heureusement que son travail l’a obligée à migrer à Senlis.

Elle posa alors son deuxième acte de révolte : Hortense Duquesnoy, devint Hortense Grimaldi.  Le choix du nom était symbolique : elle demanda à être appelée comme sa mère en souvenir de son aïeule Hortensia Grimaldi, Italienne au tempérament fougueux qui fut la première femme de sa famille à jeter son corset aux orties et à se couper les cheveux.

Pour le corset, Hortense comprend.  Mais pas vraiment pour la coupe.  Elle tient trop à sa tignasse.  C’est peut-être la seule contrainte personnelle qu’elle s’inflige car elle adore ce signe de féminité.  C’est vrai qu’elle arbore fièrement une crinière de lion, rousse, épaisse, dans laquelle ses doigts se perdent quand elle la coiffe.  Jamais un coup de peigne, ni de brosse pour entretenir ses boucles spectaculaires.  Bien sûr, l’étape du chignon s’impose pour dompter sa coiffure.  Elle peut bien faire ces deux concessions pour garder son travail : discipliner ses pieds dans ces foutus escarpins et sa chevelure pour poser ce ridicule couvre-chef !  Car oui, malgré les apparences de l’uniforme, le chef, ça reste bien elle !

Elle se relève au bout de quelques minutes pour enlever cet uniforme.  Comme à  son habitude, Hortense le sème tout le long du trajet qui mène à la douche.  Ses courbes se dévoilent ainsi aux détours des miroirs et se libèrent des derniers carcans imposés aux femmes.  Adieu, slip, soutien-gorge.  La nudité à l’état pur.  Rien de tel pour la sensation de liberté.

Ses cheveux mouillés continuent à dégouliner dans son dos en de profonds sillons qui lui procurent des frissons.  Le contraste avec la soirée torride est saisissant.  Alors, elle ne les essuie pas et continue à profiter des bienfaits de cette douche.

Elle enfile un short et un caraco soyeux qu’elle sent à peine sur la peau.  Elle se parera de bijoux si Samuel l’appelle tout à l’heure pour sortir.  Pour l’instant, c’est la détente.  Elle se sert un Spritz bien glacé et s’installe sur le pouf de son petit balcon.  Les écouteurs vissés dans les oreilles, elle se laisse bercer par la musique cubaine, savoure le froid du verre contre sa gorge, le pétillant de la boisson et les rayons du soleil.  Hortense se met aussi à imaginer le bon repas maison qu’elle va se concocter ce soir.

Son smartphone se met à sonner : les parents !

Aucune envie d’entamer une conversation policée avec ses paternels.  Elle ignore donc l’appel et laisse courir les notes de la sonnerie « Polaris ».

Ce refus de réponse lui procure chaque fois le même plaisir.  Son père à qui elle a dû obéir « au doigt et à l’œil », maintenant, c’est elle qui le mène à la baguette.

C’est elle qui décide !  Enfin !

 

 

Bris d’amitié

 

La notification des messages du smartphone d’Hortense tinte doucement.  Sam ne viendra pas ce soir.  Elle continue à scroller tout en tortillonnant une mèche de cheveux autour de son index.  Elle s’attarde sur ses appels récents et fait défiler la liste.  Ceux qu’elle consulte ne sont plus si récents que ça.

Et puis, son doigt et son regard s’immobilisent.

 

Quatre mois !

Cela fait déjà quatre mois qu’elle ne l’a plus vue. Agathe, sa meilleure amie.  Depuis ce fameux week-end sur la côte d’Emeraude….

 

Le temps était clair, printanier, idéal pour se revigorer.  Le dernier jour, elles se sont reposées sur le banc d’une digue de Dinard, juste après leur balade au parc de Port-Breton.  C’est là, qu’Agathe a sorti un petit paquet de son sac.

-   Tiens, c’est pour toi, pour ton anniversaire.

Etonnée, Hortense a déballé le paquet et en a extirpé une jolie bouteille de parfum.  Eden, de Cacharel !

-       J’en veux pas !  s’est-elle exclamée.

-       Mais pourquoi ?  lui a  demandé Agathe.  Je l’ai choisi car le flacon me faisait penser à la couleur de tes yeux.

« Oui, tu as des yeux de chats avec des fils d’or, me disait ma grand-mère en me serrant dans ses bras » a aussitôt pensé Hortense.

-       Je ne connais que trop ce parfum !  Reprends le ! »

Et dans un geste brusque, Hortense lui rend ce galet opalin veiné de sauge.

Agathe tente de l’attraper.  La fiole lui échappe des mains et  se brise en mille morceaux au milieu de la digue.

 Mille yeux de chats les fixent dans leur dispute, mille yeux de chats les figent dans cet instant tragique.

Le parfum se mêle aux embruns.  L’odeur de la mère d’Hortense se perd dans la mer.

-       Tu exagères, Hortense ; c’est toujours pareil avec toi.  Impossible de te faire une surprise, il faut que tu contrôles tout.  Rien ne te plait ou ne te fait plaisir si tu ne l’as pas décidé.  Salut.  J’ai besoin de prendre l’air.  On se retrouve à la voiture ce soir !

Agathe s’en va sans un regard, sans plus se retourner.

Le vent emporte les derniers éclats de voix et le reste des effluves.

 

La route du retour s’est passée sans un mot, la séparation sans un au revoir.

 

Mille fois, Hortense a pensé qu’elle devrait la rappeler, lui expliquer pourquoi elle avait refusé son présent.  Elle ne connaissait que trop bien cette odeur.  Le parfum dont se drapait sa mère lorsqu’elle s’apprêtait pour les grandes occasions.  Elle avait alors envie de courir vers elle et d'enlacer cette déesse.  Mais à chaque fois, elle devait stopper son élan car la déesse avait peur qu’elle ne froisse sa tenue.  Depuis, cette senteur était devenue le signal d’une distance à garder.

Cette même fragrance l’avait éloignée de sa meilleure amie.

 

Bien avant, lorsqu’elles étaient encore adolescentes, Agathe lui avait offert un autre présent : une guayabera menthe à l’eau qui avait le pouvoir de lui remonter le moral dans les moments difficiles.

« Il est peut-être temps maintenant d’enfiler cette vieille guayabera » pense Hortense.

Avant de se lever pour aller la chercher, Hortense fixe à nouveau son smartphone.

« Il est peut-être temps aussi que j’appuie sur cette touche appel, qu’elle passe au vert »

 

 

Un van de réconciliation

 

Aujourd’hui, Hortense a rendez-vous avec Agathe.  Cette dernière a accepté son invitation tardive à reparler de leur dispute et à en comprendre les raisons profondes.  Hortense a enfin franchi le pas.  C’est la première fois qu’elle se livrera de façon intime à une autre personne que sa psy.  Elle en est à la fois, heureuse et  stressée.

Ah, si au moins, elle avait pu être comme son cousin Sam !  Avoir son tempérament « cool », lui, l’archiviste numériste du clan familial, l’artiste, celui qui lui envoie régulièrement d’anciennes photos qu’il a scannées.  Lui au moins, grâce au travail de ces clichés vieillissants, a réussi à garder le lien et la bonne distance avec la famille !

Hortense monte donc dans sa petite Mini, couleur moutarde.  Elle reconnait que ce n’est pas la couleur la plus «fun » au monde mais au moins, elle n’a pas de mal à repérer sa petite citadine dans un parking.  Et puis, cette nuance, correspond bien à son tempérament.

Elle a glissé dans sa besace, un petit objet, un modèle réduit de van à la teinte canari qu’elle a l’intention d’offrir à Agathe à la fin de leur conversation.  Elle espère que ce clin d’œil allègera l’atmosphère après ses confidences et lui rappellera leur première escapade dans les Landes.

Hortense et Agathe ont toujours été attirées par les destinations au soleil.  Elles aiment sa chaleur, la lumière que cet astre dispense à toutes choses, la détente qu’il procure.  Elles ont d’ailleurs toutes deux choisi un métier qui mène les personnes vers ces lieux enchanteurs : Hortense en tant qu’hôtesse de l’air et Agathe, conseillère en voyages.

Hortense file le long des champs de blé et de tournesols.  Elle ne peut s’empêcher de sourire au souvenir d’un incident survenu lors de ce premier périple.

 

Ce jour-là, elles avaient choisi d’aller surfer à la Dune du Pilat.  Elles étaient en route, toutes deux chantant à tue-tête dans leur véhicule de location.

Elles empruntaient un petit sentier côtier isolé qui longeait d’un côté une pinède et de l’autre, de grandes plages de sable fin.

Quand soudain, elles ont perçu un « pfffftatatatata» par la fenêtre ouverte et senti leur engin pencher sur le côté arrière droit.

Elles sont alors sorties précipitamment de leur habitacle et ont constaté le problème : pneu crevé.

Elles allaient devoir sortir le cric et essayer de changer cette foutue roue.

Elles étaient penchées sur le mode d’emploi quand soudain elles ont entendu :

« De l’aide ? »

Un joggeur, plutôt de style marathonien leur posait la question tout en continuant à courir.

« Oui, bien sûr » répondit promptement Hortense.  Le coureur est revenu vers elles, a stoppé son chrono et, tout en manipulant la manivelle, leur a expliqué qu’il surveillait son temps car il se préparait pour d’importantes courses régionales.

L’intervention sur la roue n’a pas duré plus de trois minutes.  A peine celle-ci remise sur son essieu, l’athlète a réenclenché son chrono et est reparti à vive allure.

Hortense rit encore en pensant à cet instant.  Agathe et elle étaient restées immobiles sur le bord de la route, éberluées.  Que s’était-il passé ?  Cinq minutes auparavant, leur journée leur avait paru ruinée.  Avec l’apparition de leur sauveur, elle était devenue un moment suspendu, surréaliste.

 

L’arrivée au lieu de rendez-vous interrompt le cours des pensées d’Hortense.  Elle s’installe sous un énorme parasol Lipton Ice Tea et se commande un jus d’orange pressé.

Elle, qui d’habitude est si désinvolte, ne sait pas quelle attitude adopter, par quoi ou par où commencer ?  Nourrir des rancœurs, c’est facile.  Aller chez la psy, c’est déjà un premier pas mais briser ce fameux tabou familial « tout ce qui passe en famille, reste en famille », ça c’est autre chose !

Elle, qui dit « vouloir casser les codes familiaux, vouloir être libre », ce tabou-là, elle n’a pas encore réussi à l’enfreindre.  C’est une bonne chose qu’elle puisse le faire avec Agathe.

Son amie arrive, elle aussi, avec un présent dissimulé dans son sac.

-            Coucou ! ça va ?  Tiens.  Je n’ai pas pu m’empêcher de t’apporter encore une fois  un cadeau.  Mais celui-là ,il est incassable !

Hortense éclate de rire en découvrant l’attention de sa copine : comme elle, elle a choisi un van miniature ! Mais le sien est turquoise !

 

 

Souvenirs de jeunesse

 

Hortense se sent apaisée.  Elle n’a jamais ressenti un tel bien-être.  Ni les séances de spas, ni les plongeons dans l’eau de la piscine ou de la mer ne lui ont procuré une sensation de plénitude aussi intense.  Elle sait et elle voit qu’Agathe est là pour l’écouter, la comprendre sans la juger.  Déjà, sa meilleure amie lui a pardonné.  Leur lien d’amitié s’est renoué instantanément, naturellement.

-            Tu ne peux pas imaginer comme j’ai souffert de la froideur de ma mère !  C’est peut-être pour ça que je recherche tant les destinations exotiques, là où le soleil te brûle la peau ! explique Hortense.  Alors, quand tu m’as offert cette fiole d’« Eden » de Cacharel, rien qu’en voyant ce flacon verdâtre, sans même en sentir ces effluves, ce sont tous les moments difficiles de mon enfance qui ont rejailli violemment !

 

Je me rappelle un autre évènement.  Tu vas comprendre.  J’étais partie me balader à vélo dans les champs autour de la maison.  Je devais avoir  10 ou 11 ans.  Tu sais, même si le parc familial était grand, il fallait toujours que j’aille voir ailleurs, plus loin.  Papa était d’accord, il n’y avait pas trop de danger, pas de trafic, seulement quelques promeneurs.  Je suis donc partie faire mon petit tour mais à un certain moment, curieuse comme je l’étais déjà, j’ai voulu explorer un sentier agricole que je ne connaissais pas.  C’est bien sûr dans cet endroit isolé que la roue avant de ma bicyclette s’est coincée dans une ornière.  Je suis tombée lourdement et une vive douleur a aussitôt transpercé ma cheville.

-     « Qu’est-ce que tu as fait ? »

-     « Je suis restée quelques minutes allongée par terre, le temps de reprendre mes esprits et comme personne ne passait aux alentours, je me suis relevée tant bien que mal sur ma jambe valide.  J’ai redressé péniblement mon vélo et remis sa roue plus ou moins d’aplomb.  Je suis ainsi retournée vers la maison à cloche-pied en me servant de ma bécane comme d’une béquille.  C’était vraiment pénible.  La douleur était atroce.

-     « Je ne vois pas vraiment le lien entre ta maman et ton histoire »

-     « Attends une minute.  Arrivée sur la partie carrossable du trajet, à peu près à mi-route, une voiture m’a croisée.  C’était tante Lulu.  Elle venait justement à la maison avec Sam.  J’ai aussitôt lâché mon vélo et me suis écroulée par terre.  Inquiète, ma tante a couru vers moi, s’est agenouillée sur la route poussiéreuse et a essayé de comprendre d’où venait ma souffrance.  Elle n’a pas hésité à enlever son foulard aux superbes dégradés turquoises pour essuyer le sang de mes genoux écorchés. »

-     «Ce  n’était pas trop grave ? »

-     Elle m’a directement emmenée aux urgences car ma cheville était fortement gonflée et je ne savais plus poser mon pied à terre.  J’ai ensuite été plâtrée pendant six semaines.  Mais tu vois, Agathe, ce que je retiens de cet épisode, ce sont les gestes doux de ma tante, son attention à mon égard.  Je me suis souvent demandé si ma mère aurait daigné salir son jeans et son foulard pour m’offrir un peu de cette compassion.  En tous cas, encore une fois, ce n’est pas elle, qui est venue me rejoindre aux urgences.  C’est papa.  Ce jour-là, il était à la maison et c’est lui qui est venu me chercher. »

 

Hortense se tait enfin et apprécie l’écoute attentive de son amie.  L’azur du ciel renforce ce sentiment de sérénité.  Au bout de quelques instants, son smartphone se met à vibrer.

-          Tiens, quand on parle du loup !

C’est Sam qui lui envoie une série de clichés.

Ils concernent tous Hortense quand elle était enfant.  Sur toutes les photos, elle est accompagnée d’une nounou mais jamais de sa mère.  Et puis, Hortense remarque un autre cliché, un peu plus ancien :

Une dame tient deux nouveaux nés dans ces bras.  Elle est épanouie et leur sourit.  Cette dame au visage paisible ressemble étrangement à sa mère.  

 

 

Confidences sur un divan

 

Les murs de la pièce sont immaculés.  D’un blanc éclatant.  Un design intemporel.  Un contraste saisissant avec les meubles en bois brut, à peine cirés.

Madame Duquesnoy, comme à chaque fois, est hypnotisée par cette blancheur resplendissante, la beauté de cette simplicité.

-     Alors Madame Duquesnoy, que se passe-t-il ?

-     ….. 

-     Avez-vous réussi à parler ou du moins recontacter votre fille ?

-     Toujours pas. Je voudrais tant !  Et pourtant, à chaque fois, ces flashes me paralysent »

-     Parlez-moi de ces flashes.

-     Maintenant, ils sont isolés, rapides.  Ils ont perdu de leur substance mais ils sont toujours présents.  Heureusement, grâce à vous, ils sont de moins en moins fréquents et leur charge émotionnelle est moins lourde à porter.

-     Je pense que vous devriez vraiment raconter ces flashes à votre fille pour qu’elle puisse mieux vous comprendre.  Refaisons un exercice de mise en situation. Qu’aimeriez-vous lui dire ? »

-     Je pourrais… je pourrais lui expliquer… l’accident…. peut-être.

-     Oui, c’est une bonne idée.  Commençons par cela.

-     Hortense et Rosette avaient plus ou moins un an.  C’étaient d’adorables petites filles, très éveillées.  Elles marchaient déjà toutes les deux.  Hortense prenait cependant plus de place et Rosette était plus réservée.  Elle adorait suivre sa sœur.  Moi, à l’époque, j’aimais cuisiner.  Je passais beaucoup de temps à la cuisine.  Un jour, je faisais bouillir une énorme quantité d’eau pour les pâtes.  Les filles jouaient près de moi.  Mais au moment où je me suis retournée pour aller vider le contenu de la marmite dans la passoire à l’évier, Hortense s’est jetée dans mes jambes et m’a fait tomber.  Les pâtes et l’eau bouillante se sont renversées sur sa sœur et sur mon ventre.  La douleur a été terrible.  Eric, mon mari a appelé directement les secours.  Nous avons  été emmenées au centre de traitement des brûlés de l’Hôpital Salengro.

Malheureusement, Rosette n’a pas survécu.  Les brûlures étaient trop importantes et trop étendues sur son petit corps.  Quant à moi, j’ai gardé des douleurs au ventre pendant des années.  Ni Eric, ni Hortense ne pouvaient me toucher tant je souffrais !  Je leur demandais alors de s’éloigner pour « soi-disant », ne pas froisser ma robe..

Je n’ai pas pu assister à l’enterrement de ma petite fille.  Un enterrement où tout le monde, parait-il, portait du blanc, signe de pureté.  Moi, j’étais sur les draps blancs de l’hôpital.  A mon retour à la maison, je ne supportais plus aucun objet, aucun jouet, aucune photo me rappelant ma Rosette.  J’ai demandé à Eric de tout enlever.  Mais Hortense était sa réplique !  Même en ayant supprimé toutes traces de son passage, le souvenir de Rosette était chaque jour vivant dans la présence de sa sœur! 

Je peux vous dire aussi que je n’ai plus jamais approcher une cuisine de ma vie.  A ma demande, Eric a engagé une cuisinière.

-     Je pense que ce serait  bien de raconter votre histoire à Hortense.  C’est aussi la sienne.  Avez-vous envie de lui dire autre chose ?

-     Oui. J’aimerais m’excuser de ne pas avoir été présente quand elle s’est cassé la cheville lors de la balade à vélo.

-     je vous écoute.

-            C’était, il y a plus ou moins vingt-cinq ans.  Hortense s’est cassé la cheville en tombant de vélo dans les champs.  C’est ma sœur qui l’a conduite aux urgences et Eric qui l’a accompagnée car j’en étais incapable.  A l’époque, je souffrais d’une grave dépression.  Un psychiatre m’avait donné des anti-dépresseurs très puissants.  Au début du traitement, il m’était impossible de rester éveillée. J’étais donc profondément endormie quand l’accident est arrivé et mon mari a préféré ne pas me réveiller…  Et comme chez nous, tout reste secret, Hortense n’en a jamais rien su !

-             

Madame Duquesnoy se tait à nouveau après ce difficile exercice de verbalisation.  Son regard se perd sur le mur.  Elle visualise qu’elle tourne la page aux non-dits.  Une page blanche apparait sur le mur.  Il reste à la remplir avec sa famille.  Elle sait que cela va être difficile mais l’envie de l’écrire est maintenant bien présente.

 

Le mur des non-dits

 

Hortense recommence à tortillonner sa mèche de cheveux.  La sérénité s’est enfuie.  Son regard passe inlassablement de  cette étrange photo à son amie.

-          Tu comprends quelque chose à cette photo, Agathe ?

Le calme temporaire ressenti après la discussion s’efface devant l’énergie habituelle de l’ardente Hortense.  Elle ne tient plus en place, elle piaffe.  Telle un taureau, elle est  prête à charger.  Elle a besoin de savoir.  Et cette fois-ci encore, c’est elle qui décide.  Mais plus de freiner, de bloquer la relation.  Elle décide de savoir !

-          Désolée, Agathe. Mais je te laisse. Je pars à Lille.  Je veux en avoir le cœur net et savoir si c’est bien maman sur cette photo avec les 2 bébés.  Salut. Je te raconterai.

                                                                     ***

Hortense arrive devant la grande demeure en briques.  Elle est toujours aussi impressionnante, posée au centre de son parc.  Comme à son habitude, elle se gare sous le hêtre pourpre.  Etrange.  Pas d’autres voitures….  Personne ne répond à ses coups de sonnette.  Elle appelle alors son père sur son smartphone.

-     Papa, je suis devant la maison.  Vous n’êtes pas là ?

-     Non, Hortense.  Nous sommes à l’hôpital.  Ta mère a été emmenée aux urgences.  Ce n’est pas vraiment grave mais ils veulent la garder en observation.  Tu peux venir nous rejoindre.  Ça nous fera plaisir. »

 

La façade rouille de l’hôpital Saint-Vincent de Paul de Lille accueille Hortense.  Encore un mur à franchir avant de connaître la vérité.

Madame Duquesnoy repose dans son lit, reliée à ses perfusions.  Son visage est enflé, masqué, enflammé.  Hortense découvre une autre personne, un être vulnérable.  Elle prend conscience qu’elle aurait dû s’efforcer de la connaitre plus tôt.

-            Elle a une cellulite infectieuse causée par un staphylocoque doré.  Les médecins lui administrent de fortes doses d’antibiotiques pour éviter les complications.  Ils surveillent que l’infection ne s’étende pas à d’autres parties de l’organisme, explique son père.

La colère et la violence ont disparu du cœur d’Hortense.

Tout doucement, elle sort son smartphone et présente l’ancienne photo à sa mère.

-          Sam m’a envoyé ce cliché...  Tu peux m’expliquer ? »

La photo est la brèche qu'il leur fallait pour s’immiscer dans le mur des non-dits.  La mère et la fille y pénètrent ensemble.  Elles s’attèlent à déconstruire ce rempart qui les a éloignées l'une de l'autre durant tant d’années.  Mme Duquesnoy démantèle les pierres de la douleur et de la tristesse.  Hortense démonte les briques de la colère et de la solitude.  Eric aide les femmes de sa vie en soulevant les feuilles de lierre des souvenirs et en soutenant les efforts de ses ouvrières.  Ce labeur est fréquemment interrompu par le ballet incessant mais respectueux du personnel soignant.

-          Maintenant que je vois cette photo, je regrette de ne pas avoir gardé de souvenirs de Rosette, dit Madame Duquesnoy.

Eric ouvre alors son portefeuille et en extirpe une vieille photo pliée, écornée, usée par le temps. Il la tend à sa femme.  On y voit une petite fille au regard vert qui fixe l’objectif pour l’éternité et qui serre contre sa poitrine, une énorme poupée à la robe écarlate.

Un torrent de larmes coule sur le visage de Mme Duquesnoy.  Elle tend les bras vers Hortense et son mari.  Le cercle familial est reformé mais cette fois-ci, ils sont quatre. Le lien est recréé.  L’énergie de l’amour circule à nouveau dans les veines de chacun. Ils restent là, enlacés dans le bonheur et la douceur de cet instant suspendu.

 

L’explication a été longue : les faits et les ressentis se sont dits.  Elle se termine en même temps que le jour.  Celui-ci salue les retrouvailles familiales par un splendide coucher de soleil sur le parking de l’hôpital.

Alors, Hortense se met de nouveau à rêver à d’autres horizons.  Mais cette fois-ci, elle ne partira plus seule.  Elle s’imagine y emmener une personne qu’elle aurait aimé rencontrer beaucoup plus tôt.

-          Dis maman, ça te dirait de partir en voyage avec moi quand tu seras guérie ? 

 

 

Epilogue

 

Encore une journée sans lumière sur Roissy – Charles de Gaulle.

Hortense n’a pas revêtu son uniforme d’hôtesse de l’air.  Cette fois, elle se fond dans la masse anonyme des touristes de l’aéroport.  Seule, sa tignasse la distingue des autres.  Seule ?  Non, une autre chevelure fauve s’échappe d’une casquette.

Elles sont assises face aux larges baies de la salle d’attente et observent les avions qui transpercent le ciel bas.

-     Je vais faire un tour au  Duty free .  Tu m’accompagnes ? demande Madame Duquesnoy.

-     Non, merci. Je préfère rester ici.  Prends ton temps.

Hortense profite de l’absence de sa mère pour sortir de sa poche, la lettre que lui a glissée son père ce matin avant leur départ.

-            Tiens, tu liras cela à l’aise quand tu en auras l’envie.

Bien sûr, l’envie est là depuis qu’Hortense sent ce papier contre elle.  Son père devait bien se douter qu’elle ne pourrait pas attendre très longtemps.  Alors, puisque l’occasion se présente….

 

« Ma belle Hortense.

Quand tu liras cette lettre, tu seras partie pour la première fois en vacances, seule, avec ta mère.  Tu ne peux pas imaginer comme cela me comble de joie ! Bien sûr, j’aurais aimé être de la partie mais ce sera pour une autre fois.

Je tenais à t’expliquer ma position durant toutes ces années.

J’ai, moi aussi, beaucoup souffert de la mort de Rosette.  Pour moi, ce fut un triple deuil.  J’ai perdu une de mes filles, la relation avec ma femme adorée et une famille que j’aurai voulu pleine d’amour et de chaleur.  Mais Cecilia m’avait fait jurer de ne plus jamais parler, ni entre nous, ni aux autres, de notre petite fille.  Sinon, elle me quittait.  Je n’aurais pas supporter qu’elle t’emmène loin de moi.  Alors, j’ai été lâche.  Pour me rendre la vie plus supportable, je me suis noyé dans le travail.  Comme tu le sais, cela a payé.  Les sociétés ont bien prospéré.  Mais à quel prix !

Et puis il y avait, Lulu. Lucia. La lumière de la famille. Elle a bien essayé de raisonner Cecilia pour qu’elle accepte de lever l’omerta. Elle m’a soutenu dans ces années de noirceur. Mais il y a peu, la mort, elle aussi, l’a rattrapée. Alors, Sam a créé son blog familial. N’ayant plus le soutien de sa mère, j’ai décidé, de le mettre dans la confidence. Je lui ai donné cette photo avec les  bébés et je lui ai demandé de la publier. Ta réaction a été rapide. Comme je l’espérais, tu es venue demander des explications. Le reste, tu le connais…

Profite bien de ton séjour, ma belle Hortense, revenez moi toutes les deux en super forme.

Je t’embrasse très fort.

Ton papa »

 

Hortense a juste le temps de cacher sa lettre et son émotion quand sa mère revient du Duty free .

-            J’’aimerais t’offrir un parfum, Hortense.  J’en ai repéré un.  Mais je trouve que c’est tellement personnel que je préfèrerai que tu viennes donner ton avis.  Si il ne te convient pas, on pourra en choisir un autre ensemble.

L’émotion envahit à nouveau Hortense.  Déjà, la lecture de la lettre lui a mis le cœur en miettes.  Maintenant, sa mère veut lui faire un cadeau de réconciliation !  À elle, qui les a rejetés pendant tant de temps !

Ce que Madame Duquesnoy ne sait pas, c’est qu’Hortense aussi, a songé à un cadeau.  Elle a retrouvé dans sa galerie photos, les références du salon de tatouage où elle s’était fait tatouer.  Elle voudrait y emmener sa mère quand elles seront arrivées à destination.

Hortense a compris que la mort de la petite Rosette a marqué sa mère dans sa chair, toute sa vie, de façon cachée.  Maintenant, elle aimerait que celle-ci  ose exposer son souvenir à la vue de tous.  Elle va donc le lui proposer.

Elle a imaginé un calligramme avec le prénom de sa sœur.  Le R y serait mis en valeur. Le R de Rosette mais aussi de regrets, de résilience et de réconciliation.  Le premier T de Rosette, lui, s’élèverait beaucoup plus haut vers le ciel.  Son trait prendrait la forme d’un soleil couchant.  Il symboliserait la disparition de sa sœur.

 Hortense connait déjà l’artiste.  Si sa mère accepte, il n’y a plus qu’à lui soumettre son idée pour qu’il la concrétise.

 

-            Alors, Hortense ?  Je ne te connaissais pas comme ça !  Tu es plus vive d’habitude ? On y va à ce Duty Free ? 

 

 

 

 

 

 

lundi 30 mars 2026

Epilogue

 

Encore une journée sans lumière sur Roissy - Charles de Gaulle.

Hortense n’a pas revêtu son uniforme d’hôtesse de l’air. Cette fois, elle se fond dans la masse anonyme des touristes de l’aéroport. Seule, sa tignasse la distingue des autres. Seule ? Non, une autre chevelure fauve s’échappe d’une casquette.

Elles sont assises face aux larges baies de la salle d’attente  et observent les avions qui transpercent le ciel bas.

« Je vais faire un tour au « Duty free ». Tu m’accompagnes ? » demande Madame Duquesnoy.

-«Non, merci. Je préfère rester ici. Prends ton temps. »

Hortense profite de l’absence de sa mère pour sortir de sa poche, la lettre que lui a glissée son père ce matin avant leur départ.

-« Tiens, tu liras cela à l’aise quand tu en auras l’envie »

Bien sûr, l’envie est là depuis qu’Hortense sent ce papier contre elle. Son père devait bien se douter qu’elle ne saurait pas attendre très longtemps. Alors, puisque l’occasion se présente….

 

« Ma belle Hortense.

Quand tu liras cette lettre, tu seras partie pour la première fois en vacances, seule, avec ta mère. Tu ne peux pas imaginer comme cela me comble de joie ! Bien sûr, j’aurais aimé être de la partie mais ce sera pour une autre fois.

Je tenais à t’expliquer ma position durant toutes ces années..

J’ai, moi aussi, beaucoup souffert de la mort de Rosette. Pour moi, ce fut un triple deuil. J’ai perdu une de mes filles, la relation avec ma femme adorée et une famille que j’aurai voulu pleine d’amour et de chaleur. Mais Cecilia m’avait fait jurer de ne plus jamais parler, ni entre-nous, ni aux autres, de notre petite fille. Sinon, elle me quittait. Je n’aurai pas supporter qu’elle t’emmène loin de moi. Alors, j’ai agi comme un lâche. Pour me rendre la vie plus supportable, je me suis noyé dans le travail. Comme tu le sais, cela a payé. Les sociétés ont bien prospéré. Mais à quel prix !

Et puis, Sam a créé son blog familial. J’ai décidé, il y a quelques temps, de le mettre dans la confidence. Je lui ai donné la photo avec les  bébés et je lui ai demandé de la publier. Ta réaction a été rapide. Comme je l’espérais, tu es venue demander des explications. Le reste, tu le connais…
Profite bien de ton séjour, ma belle Hortense, revenez moi toutes les deux en super forme.

Je t’embrasse très  fort.

Ton papa »

 

Hortense a juste le temps de cacher sa lettre et son émotion quand sa mère revient du « Duty free ».

« J’’aimerais t’offrir un parfum, Hortense. J’en ai repéré un. Mais je trouve que c’est tellement personnel que je préfèrerai que tu viennes donner ton avis . Si il ne te convient pas, on pourra en choisir un autre ensemble. »

L’émotion envahit à nouveau Hortense. Déjà, la lecture de la lettre lui a mis le cœur en miettes. Maintenant, sa mère  veut lui faire un cadeau de réconciliation ! À elle, qui les a rejetés tant de temps !

Ce que Madame Duquesnoy ne sait pas, c’est qu’Hortense aussi, a songé à un cadeau. Elle a retrouvé dans sa galerie photos, le cliché du salon de tatouage. Elle voudrait y emmener sa mère quand elles seront arrivées à destination.

Hortense a compris que la mort de la petite Rosette l’ a marquée dans sa chair, toute sa vie, de façon cachée. Maintenant, elle  aimerait qu’elle ose exposer son souvenir à la vue de tous. Elle va donc le lui proposer.  

Elle a  imaginé un calligramme avec le prénom de sa sœur. Le R  y serait mis en valeur. Le R de Rosette mais aussi de regrets , de résilience  et de  réconciliation . Le premier T de Rosette, lui, s’élèverait  beaucoup plus haut vers le ciel. Son  trait prendrait la forme d’un  soleil couchant. Il symboliserait la disparition de sa sœur.

 Hortense connait déjà l’artiste. Si sa mère accepte, il n’y a plus qu’à lui soumettre  son idée pour qu’il la concrétise.

 

-« Alors, Hortense ? Je ne te connaissais pas comme ça ! Tu es plus vive d’habitude ? On y va à ce Duty Free ? »

 

 

 

jeudi 12 mars 2026

texte 5

 

Hortense recommence à tortillonner sa mèche de cheveux. La sérénité s’est enfuie.  Son regard passe rapidement de cette étrange photo à cet enfant qui est bien déçu par sa surprise Kinder. Il a déjà cette babiole et son frère ne veut pas l’échanger.

-«Tu comprends quelque chose à cette photo, Agathe ? »

Le calme  temporaire ressenti après la discussion s’efface devant l’énergie habituelle de l’ardente Hortense. Elle ne tient plus en place, elle piaffe. On dirait  un taureau prêt à charger. Elle a besoin de savoir. Et cette fois-ci encore, c’est elle qui décide. Mais  plus de freiner, de bloquer la relation. Elle décide de savoir !

-« Désolée, Agathe. Mais je te laisse. Je pars à Lille. Je veux en avoir le cœur net et savoir si c’est bien maman sur cette photo avec les 2 bébés. Salut. Je te raconterai »

                                                                     ***

Hortense arrive devant la grande demeure en briques. Elle est toujours aussi impressionnante, posée au centre de son parc. Comme à son habitude, elle se gare sous le hêtre pourpre. Etrange. Pas d’autres voitures…. Personne ne répond à ses coups de sonnette. Elle appelle alors son père sur son smartphone.

-« Papa, je suis devant la maison. Vous n’êtes pas là ? »

-« Non, Hortense. Nous sommes à l’hôpital. Ta mère a été emmenée aux urgences. Ce n’est pas vraiment grave mais ils veulent la garder en observation. Tu peux venir nous rejoindre. Çà nous fera plaisir. »

 

La façade rouille  de l’hôpital Saint-Vincent de Paul de Lille accueille Hortense. Encore un mur à franchir avant de connaître la vérité.

Madame Duquesnoy repose dans son lit, reliée à ses perfusions. Son visage est enflé, masqué, enflammé. Hortense découvre une autre personne, un être vulnérable. Elle prend conscience qu’elle aurait dû s’efforcer de  la connaitre plus tôt.

-« Elle a une cellulite infectieuse causée par un staphylocoque doré. Les médecins lui administrent  de fortes doses d’antibiotiques pour éviter les complications. Ils surveillent que l’infection ne s’étende pas à d’autres parties de l’organisme» explique son père.

La colère et la violence ont disparu du cœur d’Hortense.

Tout doucement, elle  sort son smartphone et présente l’ancienne photo à sa mère.

 « ....Sam m’a envoyé ce cliché....Tu peux m’expliquer ? »

La photo est la brèche qu'il leur fallait pour s’immiscer dans le mur des non-dits. La mère et la fille y pénètrent ensemble. Elles s’attèlent à déconstruire ce rempart qui les a éloignées l'une de l'autre durant tant d’années.  Mme Duquesnoy démantèle les pierres de la douleur et de la tristesse. Hortense démonte les briques de la colère et de la solitude. Eric aide les  femmes de sa vie en soulevant les feuilles de  lierre des souvenirs et en soutenant les efforts de ses ouvrières. Ce labeur est fréquemment interrompu par  le ballet incessant mais respectueux du personnel soignant.

-« Maintenant que je vois cette photo, je regrette de ne pas avoir gardé de souvenirs de Rosette» dit Madame Duquesnoy.

Eric ouvre alors son portefeuille  et en extirpe une vieille photo pliée, écornée, usée par le temps. Il la tend à sa femme. On y voit une petite fille au regard vert qui fixe l’objectif pour l’éternité et qui serre contre sa poitrine, une énorme poupée à la robe écarlate.

Un torrent de larmes coule sur le visage de Mme Duquesnoy. Elle tend les bras vers Hortense et son mari. Le cercle familial est reformé mais cette fois-ci, ils sont quatre. Le lien est recréé. L’énergie de l’amour circule à nouveau dans les veines de chacun. Ils restent là, enlacés dans le bonheur et la douceur de cet instant suspendu.

 

L’explication a été longue : les faits et les ressentis se sont dits. Elle se termine en même temps que le jour. Celui-ci salue les retrouvailles familiales par un splendide coucher de soleil sur le parking de l’ hôpital.

Alors, Hortense se met de nouveau à  rêver à d’autres horizons. Mais cette fois-ci,  elle ne partira  plus seule. Elle s’imagine  y emmener une personne qu’elle aurait aimé  rencontrer beaucoup  plus tôt.

-«Dis maman, ça te dirait de partir en voyage avec moi quand tu seras guérie ? »