Hortense recommence à
tortillonner sa mèche de cheveux. La sérénité s’est enfuie. Son regard passe rapidement de cette étrange
photo à cet enfant qui est bien déçu par sa surprise Kinder. Il a déjà cette
babiole et son frère ne veut pas l’échanger.
-«Tu comprends quelque
chose à cette photo, Agathe ? »
Le calme temporaire ressenti après la discussion s’efface
devant l’énergie habituelle de l’ardente Hortense. Elle ne tient plus en place,
elle piaffe. On dirait un taureau prêt à
charger. Elle a besoin de savoir. Et cette fois-ci encore, c’est elle qui
décide. Mais plus de freiner, de bloquer
la relation. Elle décide de savoir !
-« Désolée,
Agathe. Mais je te laisse. Je pars à Lille. Je veux en avoir le cœur net et
savoir si c’est bien maman sur cette photo avec les 2 bébés. Salut. Je te
raconterai »
***
Hortense arrive devant
la grande demeure en briques. Elle est toujours aussi impressionnante, posée au
centre de son parc. Comme à son habitude, elle se gare sous le hêtre pourpre.
Etrange. Pas d’autres voitures…. Personne ne répond à ses coups de sonnette.
Elle appelle alors son père sur son smartphone.
-« Papa, je suis
devant la maison. Vous n’êtes pas là ? »
-« Non, Hortense.
Nous sommes à l’hôpital. Ta mère a été emmenée aux urgences. Ce n’est pas
vraiment grave mais ils veulent la garder en observation. Tu peux venir nous
rejoindre. Çà nous fera plaisir. »
La façade rouille de l’hôpital Saint-Vincent de Paul de Lille
accueille Hortense. Encore un mur à franchir avant de connaître la vérité.
Madame Duquesnoy repose dans son lit, reliée à ses perfusions. Son visage est enflé, masqué, enflammé. Hortense découvre une autre personne, un être vulnérable. Elle prend conscience qu’elle aurait dû s’efforcer de la connaitre plus tôt.
-« Elle a une cellulite
infectieuse causée par un staphylocoque doré. Les médecins lui administrent de fortes doses d’antibiotiques pour éviter
les complications. Ils surveillent que l’infection ne s’étende pas à d’autres
parties de l’organisme» explique son père.
La colère et la
violence ont disparu du cœur d’Hortense.
Tout doucement, elle sort son smartphone et présente l’ancienne
photo à sa mère.
« ....Sam m’a envoyé ce cliché....Tu peux
m’expliquer ? »
La photo est la brèche qu'il leur fallait pour s’immiscer dans le mur des non-dits. La mère
et la fille y pénètrent ensemble. Elles s’attèlent à déconstruire
ce rempart qui les a éloignées l'une de l'autre durant tant d’années. Mme Duquesnoy démantèle les pierres de la
douleur et de la tristesse. Hortense démonte les briques de la colère et de la
solitude. Eric aide les femmes de sa vie
en soulevant les feuilles de lierre des
souvenirs et en soutenant les efforts de ses ouvrières. Ce labeur est
fréquemment interrompu par le ballet
incessant mais respectueux du personnel soignant.
-« Maintenant que
je vois cette photo, je regrette de ne pas avoir gardé de souvenirs de Rosette»
dit Madame Duquesnoy.
Eric ouvre alors son
portefeuille et en extirpe une vieille
photo pliée, écornée, usée par le temps. Il la tend à sa femme. On y voit une
petite fille au regard vert qui fixe l’objectif pour l’éternité et qui serre contre
sa poitrine, une énorme poupée à la robe écarlate.
Un torrent de larmes
coule sur le visage de Mme Duquesnoy. Elle tend les bras vers Hortense et son
mari. Le cercle familial est reformé mais cette fois-ci, ils sont quatre. Le
lien est recréé. L’énergie de l’amour circule à nouveau dans les veines de
chacun. Ils restent là, enlacés dans le bonheur et la douceur de cet instant suspendu.
L’explication a été longue : les faits et les ressentis se sont dits. Elle se termine en même temps que le jour. Celui-ci salue les retrouvailles familiales par un splendide coucher de soleil sur le parking de l’ hôpital.
Alors, Hortense se met
de nouveau à rêver à d’autres horizons.
Mais cette fois-ci, elle ne partira plus seule. Elle s’imagine y emmener une personne qu’elle aurait aimé rencontrer beaucoup plus tôt.
-«Dis maman, ça te
dirait de partir en voyage avec moi quand tu seras guérie ? »
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