lundi 30 mars 2026

Epilogue

 

Encore une journée sans lumière sur Roissy - Charles de Gaulle.

Hortense n’a pas revêtu son uniforme d’hôtesse de l’air. Cette fois, elle se fond dans la masse anonyme des touristes de l’aéroport. Seule, sa tignasse la distingue des autres. Seule ? Non, une autre chevelure fauve s’échappe d’une casquette.

Elles sont assises face aux larges baies de la salle d’attente  et observent les avions qui transpercent le ciel bas.

« Je vais faire un tour au « Duty free ». Tu m’accompagnes ? » demande Madame Duquesnoy.

-«Non, merci. Je préfère rester ici. Prends ton temps. »

Hortense profite de l’absence de sa mère pour sortir de sa poche, la lettre que lui a glissée son père ce matin avant leur départ.

-« Tiens, tu liras cela à l’aise quand tu en auras l’envie »

Bien sûr, l’envie est là depuis qu’Hortense sent ce papier contre elle. Son père devait bien se douter qu’elle ne saurait pas attendre très longtemps. Alors, puisque l’occasion se présente….

 

« Ma belle Hortense.

Quand tu liras cette lettre, tu seras partie pour la première fois en vacances, seule, avec ta mère. Tu ne peux pas imaginer comme cela me comble de joie ! Bien sûr, j’aurais aimé être de la partie mais ce sera pour une autre fois.

Je tenais à t’expliquer ma position durant toutes ces années..

J’ai, moi aussi, beaucoup souffert de la mort de Rosette. Pour moi, ce fut un triple deuil. J’ai perdu une de mes filles, la relation avec ma femme adorée et une famille que j’aurai voulu pleine d’amour et de chaleur. Mais Cecilia m’avait fait jurer de ne plus jamais parler, ni entre-nous, ni aux autres, de notre petite fille. Sinon, elle me quittait. Je n’aurai pas supporter qu’elle t’emmène loin de moi. Alors, j’ai agi comme un lâche. Pour me rendre la vie plus supportable, je me suis noyé dans le travail. Comme tu le sais, cela a payé. Les sociétés ont bien prospéré. Mais à quel prix !

Et puis, Sam a créé son blog familial. J’ai décidé, il y a quelques temps, de le mettre dans la confidence. Je lui ai donné la photo avec les  bébés et je lui ai demandé de la publier. Ta réaction a été rapide. Comme je l’espérais, tu es venue demander des explications. Le reste, tu le connais…
Profite bien de ton séjour, ma belle Hortense, revenez moi toutes les deux en super forme.

Je t’embrasse très  fort.

Ton papa »

 

Hortense a juste le temps de cacher sa lettre et son émotion quand sa mère revient du « Duty free ».

« J’’aimerais t’offrir un parfum, Hortense. J’en ai repéré un. Mais je trouve que c’est tellement personnel que je préfèrerai que tu viennes donner ton avis . Si il ne te convient pas, on pourra en choisir un autre ensemble. »

L’émotion envahit à nouveau Hortense. Déjà, la lecture de la lettre lui a mis le cœur en miettes. Maintenant, sa mère  veut lui faire un cadeau de réconciliation ! À elle, qui les a rejetés tant de temps !

Ce que Madame Duquesnoy ne sait pas, c’est qu’Hortense aussi, a songé à un cadeau. Elle a retrouvé dans sa galerie photos, le cliché du salon de tatouage. Elle voudrait y emmener sa mère quand elles seront arrivées à destination.

Hortense a compris que la mort de la petite Rosette l’ a marquée dans sa chair, toute sa vie, de façon cachée. Maintenant, elle  aimerait qu’elle ose exposer son souvenir à la vue de tous. Elle va donc le lui proposer.  

Elle a  imaginé un calligramme avec le prénom de sa sœur. Le R  y serait mis en valeur. Le R de Rosette mais aussi de regrets , de résilience  et de  réconciliation . Le premier T de Rosette, lui, s’élèverait  beaucoup plus haut vers le ciel. Son  trait prendrait la forme d’un  soleil couchant. Il symboliserait la disparition de sa sœur.

 Hortense connait déjà l’artiste. Si sa mère accepte, il n’y a plus qu’à lui soumettre  son idée pour qu’il la concrétise.

 

-« Alors, Hortense ? Je ne te connaissais pas comme ça ! Tu es plus vive d’habitude ? On y va à ce Duty Free ? »

 

 

 

Aucun commentaire: