dimanche 4 janvier 2026

texte 2

 

Aujourd’hui, Hortense a rendez-vous avec Agathe. Cette dernière a accepté son invitation tardive à reparler de leur dispute et à en comprendre les raisons profondes. Hortense a enfin franchi le pas. C’est la première fois qu’elle se livrera de façon intime à une autre personne que sa psy. Elle en est à la fois, heureuse mais stressée.

Ah, si au moins, elle avait pu être comme son cousin Sam ! Avoir son tempérament « cool », lui, l’archiviste numériste du clan familial, l’artiste, celui qui lui envoie régulièrement d’anciennes photos qu’il a scannées. Lui au moins, grâce au travail de ces clichés vieillissants, a réussi à garder le lien et la bonne distance avec la famille !

Hortense monte donc dans sa petite Mini, couleur moutarde. Elle reconnait  que ce n’est pas la couleur la plus « chic » au monde mais au moins, elle n’a pas de mal à  repérer sa petite citadine dans un parking. Et puis, cette nuance, correspond bien à son tempérament.

Elle a glissé dans sa besace, un petit objet, un modèle réduit de van à la teinte canari  qu’elle a l’intention d’offrir à Agathe à la fin de leur conversation. Elle espère que ce  clin d’œil allègera l’atmosphère après ses confidences et lui rappellera leur première escapade dans les Landes.

Hortense et Agathe ont toujours été attirées par les destinations au  soleil. Elles aiment la lumière que cet astre  donne à toutes choses, sa chaleur, la détente qu’il procure. Elles ont d’ailleurs toutes deux choisi un métier qui mème les personnes vers ces lieux enchanteurs : Hortense en tant qu’hôtesse de l’air et Agathe, conseillère en voyages.

Hortense file le long des champs de blé et de tournesols. Elle ne peut s’empêcher de sourire au souvenir d’un incident survenu lors de ce  premier périple.

 

Ce jour-là, elles avaient choisi d’aller surfer à la Dune du Pilat. Elles étaient en route, toutes deux chantant à tue-tête dans leur véhicule de location.

Elles empruntaient un petit sentier côtier isolé qui longeait d’un côté une pinède et de l’autre, de grandes plages de sable fin.

Quand soudain, elles ont perçu un « pfffftatatatata» par la fenêtre ouverte et senti leur engin pencher sur le côté arrière droit.

Elles sont alors sorties précipitamment de leur habitacle et  constaté le problème : pneu crevé.

Elles allaient devoir sortir le cric et essayer de changer cette foutue roue.

Elles étaient ainsi penchées sur le mode d’emploi quand soudain elles ont entendu :

« De l’aide ? »

Un joggeur, plutôt de style marathonien leur posait la question tout en continuant à courir.

« Oui, bien sûr » répondit promptement Hortense. Le coureur est revenu vers elles, a stoppé son chrono et  tout en manipulant la manivelle, leur a expliqué qu’il surveillait son temps  car il se préparait pour d’importantes courses régionales.

L’intervention sur la roue n’a pas  duré plus de  trois minutes. A peine celle-ci remise sur son essieu, l’athlète a réenclenché  son chrono et est reparti à vive allure.

Hortense rit encore en pensant à cet instant.  Agathe et elle étaient restées immobiles sur le bord de la route, éberluées. Que s’était-il passé ? Cinq minutes auparavant, leur journée leur avait paru ruinée. Avec l’apparition de leur sauveur, elle était devenue un moment suspendu, surréaliste.

 

L’arrivée au lieu de rendez-vous interrompt le cours des pensées d’Hortense. Elle s’installe sous un énorme parasol Lipton Ice Tea et se commande un jus d’orange pressé.

Elle, qui d’habitude est  si désinvolte, ne sait pas quelle attitude adopter,  par quoi ou par où commencer ? Nourrir des rancoeurs, c’est facile. Aller chez la psy, c’est déjà un premier pas mais briser ce fameux tabou familial « tout ce qui passe en famille, reste en famille », ça c’est autre chose !

Elle, qui  se dit vouloir casser les codes familiaux, vouloir être libre, ce tabou-là, elle n’a pas encore réussi à l’enfreindre. C’est une bonne chose qu’elle puisse le faire avec Agathe.

« Coucou ! ça va ? 

Tiens.  Je n’ai pas pu m’empêcher de t’apporter un petit cadeau. Mais celui-là ,il est incassable ! »

Agathe extirpe alors de son petit sac un petit van miniature.

 

 

5 commentaires:

Jan M. a dit…

Bonjour Danièle,
On ne sait pas encore quel est ce secret de famille qui trouble tant Hortense.
Elle se repens de son mouvement d'humeur et se prépare à en discuter avec Agathe, voilà qui est positif.
Comment va-t-elle s'y prendre ? Attaquer de front ou attendre qu'Agathe évoque le sujet ?
Les affaires de familles sont souvent difficiles à évoquer....
Vivement la suite, j'ai hâte de savoir ce qui va se passer !
Tous mes voeux !
Bien à toi,
Jan.

José V. a dit…

Bonjour Danièle,
Hortense a décidé de parler à son amie, de vaincre cette timidité, cette discrétion qui l'empêche de se livrer si ce n'est à son Psy.
Mais y arrivera-t-elle ? Pourquoi ce malaise, cette souffrance lorsqu'elle évoque sa mère? Le dialogue avec celle-ci est-il devenu impossible, par la mort ou une rupture des relations?
Comme Jan j'ai hâte de voir comment la situation évoluera.
Mes meilleurs vœux,
José

Nadera C. a dit…

Bonjour Danièle,
Comment Hortense s'est décidé à reprendre contact avec Agathe? Quel est l'élément déclencheur? Bonne idée le cadeau ainsi que l'aide miraculeuse. Les questions de secrets de famille sont toujours délicates et tu amènes bien le sujet. Mais va t'elle aller jusqu'au bout de sa démarche? Merci. Bien à toi.

Michel M. a dit…

Bonjour Danièle,
Quelles peuvent être empoisonnantes ces histoires de familles...
Hortense veut s'excuser auprès d'Agathe mais est-ce qu'elle ne s'y prend pas maladroitement ?
Comment Agathe va-t-elle prendre la remarque "ceci est incassable" ?
J'ai vraiment apprécié ce texte sensible et plein de distance...
Je te souhaite mes meilleurs voeux et une excellente continuation en écriture^.
Bien à toi,
Michel.

Liliane W. a dit…

Bonjour Danièle,

Texte plaisant à lire et qui intègre habilement un souvenir évoqué par le van miniature que tu utilises comme symbole de la volonté de réconciliation entre les deux amies. L’épisode du pneu crevé et de l’intervention du joggeur introduit un élément de surprise qui donne un supplément de vie au texte.
Quant à la réconciliation, tu fais habilement l’impasse sur un dialogue qui risquait de tourner au cliché pour la symboliser par le choix spontané du petit van par les deux protagonistes qui, avant même de se parler ont choisi d’apporter un objet lié à un souvenir commun agréable.
Tu entretiens le suspense en annonçant un tabou familial qui empoisonne la vie d’Hortense mais que tu ne révèles pas encore. L’idéal serait que tu ne saches pas encore toi-même quel pourrait être ce tabou et que tu le laisses surgir au hasard des consignes.
Cette fois tu as utilisé la couleur à la fois concrètement, mais aussi symboliquement. Tu aurais peut-être pu insister davantage sur la lumière et la chaleur de la journée au Pilat, faire sentir au lecteur cette atmosphère d‘une journée d’été ensoleillée.
Au centre de ton prochain texte, sur le signe du bleu, on trouvera un accessoire vestimentaire – gant, chaussure, écharpe… - qui sera mettre en relation avec une épreuve subie par Hortense.
Bon travail,
Liliane