Aujourd’hui, Hortense a rendez-vous avec Agathe. Cette dernière a
accepté son invitation tardive à reparler de leur dispute et à en comprendre
les raisons profondes. Hortense a enfin franchi le pas. C’est la première fois
qu’elle se livrera de façon intime à une autre personne que sa psy. Elle en est
à la fois, heureuse mais stressée.
Ah, si au moins, elle avait pu être comme son cousin Sam ! Avoir
son tempérament « cool », lui, l’archiviste numériste du clan
familial, l’artiste, celui qui lui envoie régulièrement d’anciennes photos
qu’il a scannées. Lui au moins, grâce au travail de ces clichés vieillissants,
a réussi à garder le lien et la bonne distance avec la famille !
Hortense monte donc dans sa petite Mini, couleur moutarde. Elle reconnait
que ce n’est pas la couleur la plus « chic »
au monde mais au moins, elle n’a pas de mal à
repérer sa petite citadine dans un parking. Et puis, cette nuance,
correspond bien à son tempérament.
Elle a glissé dans sa besace, un petit objet, un modèle réduit de van à
la teinte canari qu’elle a l’intention
d’offrir à Agathe à la fin de leur conversation. Elle espère que ce clin d’œil allègera l’atmosphère après ses
confidences et lui rappellera leur première escapade dans les Landes.
Hortense et Agathe ont toujours été attirées par les destinations au soleil. Elles aiment la lumière que cet astre donne à toutes choses, sa chaleur, la détente
qu’il procure. Elles ont d’ailleurs toutes deux choisi un métier qui mème les
personnes vers ces lieux enchanteurs : Hortense en tant qu’hôtesse de
l’air et Agathe, conseillère en voyages.
Hortense file le long des champs de blé et de tournesols. Elle ne peut
s’empêcher de sourire au souvenir d’un incident survenu lors de ce premier périple.
Ce jour-là, elles avaient choisi d’aller surfer à la Dune du Pilat. Elles
étaient en route, toutes deux chantant à tue-tête dans leur véhicule de
location.
Elles empruntaient un petit sentier côtier isolé qui longeait d’un côté
une pinède et de l’autre, de grandes plages de sable fin.
Quand soudain, elles ont perçu un « pfffftatatatata» par la fenêtre
ouverte et senti leur engin pencher sur le côté arrière droit.
Elles sont alors sorties précipitamment de leur habitacle et constaté le problème : pneu crevé.
Elles allaient devoir sortir le cric et essayer de changer cette foutue
roue.
Elles étaient ainsi penchées sur le mode d’emploi quand soudain elles ont
entendu :
« De l’aide ? »
Un joggeur, plutôt de style marathonien leur posait la question tout en
continuant à courir.
« Oui, bien sûr » répondit promptement Hortense. Le coureur est
revenu vers elles, a stoppé son chrono et
tout en manipulant la manivelle, leur a expliqué qu’il surveillait son
temps car il se préparait pour
d’importantes courses régionales.
L’intervention sur la roue n’a pas duré plus de trois minutes. A peine celle-ci remise sur son
essieu, l’athlète a réenclenché son
chrono et est reparti à vive allure.
Hortense rit encore en pensant à cet instant. Agathe et elle étaient restées immobiles sur
le bord de la route, éberluées. Que s’était-il passé ? Cinq minutes auparavant,
leur journée leur avait paru ruinée. Avec l’apparition de leur sauveur, elle était
devenue un moment suspendu, surréaliste.
L’arrivée au lieu de rendez-vous interrompt le cours des pensées
d’Hortense. Elle s’installe sous un énorme parasol Lipton Ice Tea et se
commande un jus d’orange pressé.
Elle, qui d’habitude est si
désinvolte, ne sait pas quelle attitude adopter, par quoi ou par où commencer ? Nourrir
des rancoeurs, c’est facile. Aller chez la psy, c’est déjà un premier pas mais
briser ce fameux tabou familial « tout ce qui passe en famille, reste en
famille », ça c’est autre chose !
Elle, qui se dit vouloir casser
les codes familiaux, vouloir être libre, ce tabou-là, elle n’a pas encore réussi
à l’enfreindre. C’est une bonne chose qu’elle puisse le faire avec Agathe.
« Coucou ! ça va ?
Tiens. Je n’ai pas pu m’empêcher
de t’apporter un petit cadeau. Mais celui-là ,il est incassable ! »
Agathe extirpe alors de son petit sac un petit van miniature.
2 commentaires:
Bonjour Danièle,
On ne sait pas encore quel est ce secret de famille qui trouble tant Hortense.
Elle se repens de son mouvement d'humeur et se prépare à en discuter avec Agathe, voilà qui est positif.
Comment va-t-elle s'y prendre ? Attaquer de front ou attendre qu'Agathe évoque le sujet ?
Les affaires de familles sont souvent difficiles à évoquer....
Vivement la suite, j'ai hâte de savoir ce qui va se passer !
Tous mes voeux !
Bien à toi,
Jan.
Bonjour Danièle,
Hortense a décidé de parler à son amie, de vaincre cette timidité, cette discrétion qui l'empêche de se livrer si ce n'est à son Psy.
Mais y arrivera-t-elle ? Pourquoi ce malaise, cette souffrance lorsqu'elle évoque sa mère? Le dialogue avec celle-ci est-il devenu impossible, par la mort ou une rupture des relations?
Comme Jan j'ai hâte de voir comment la situation évoluera.
Mes meilleurs vœux,
José
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