mardi 9 décembre 2025

Chapitre un

 

La notification des messages du smartphone d’Hortense tinte doucement. Sam ne viendra pas ce soir. Elle continue à scroller tout en tortillonnant une mèche de cheveux autour de son index. Elle s’attarde sur ses appels récents et fait défiler la liste. Ceux qu’elle consulte ne sont plus si récents que ça.

Et puis, son doigt et son regard s’immobilisent.

 

Quatre mois !

Cela fait déjà  quatre mois qu’elle  ne l’a plus vue. Agathe, sa meilleure amie. Depuis ce fameux week-end sur la côte d’Emeraude….

 

Le temps était clair, printanier, idéal pour se  revigorer. Le dernier jour, elles  se sont  reposées sur le banc d’une digue de Dinard après leur balade au parc de Port-Breton . C’est là, qu’Agathe a sorti un petit paquet de son sac.

« Tiens, c’est pour toi, pour ton anniversaire »

Etonnée, Hortense a déballé le joli paquet et en  a extirpé une jolie bouteille de parfum.  Eden, de Cacharel !

-« J’en veux pas ! » lui a -t-elle dit  sans ménagement.

« Mais pourquoi ? » lui a  demandé Agathe. « Je l’ai choisi car le flacon me faisait penser à la couleur de tes yeux »

« Oui, tu as des yeux de chats avec des fils d’or, me disait ma grand-mère en me serrant dans ses bras »  a aussitôt pensé Hortense.

-« Je ne connais que trop ce parfum ! Reprends le ! »

Et dans un geste brusque, Hortense lui rend ce galet opalin veiné de sauge.

Agathe tente de l’attraper mais le bouchon doré se détache de la fiole. Celle-ci  lui échappe des mains et  voici qu’elle se brise en mille morceaux au milieu de la digue.

 Mille yeux de chats les fixent dans leur dispute, mille yeux de chats les figent dans cet instant tragique.

Le parfum se mêle aux embruns. L’odeur de la mère d’Hortense se perd dans la mer.

-« Tu exagères, Hortense ; C’est toujours pareil avec toi. Impossible de te faire une surprise, il faut que tu contrôles tout. Rien ne te plait ou ne te fait plaisir si tu ne l’as pas décidé. Salut. J’ai besoin de prendre l’air. On se retrouve à la voiture ce soir !

Agathe s’en va sans un regard, sans plus se retourner.

Le vent emporte les derniers éclats de voix et le reste des effluves.

 

La route du retour s’est passé sans un mot, la séparation sans un au revoir.


Mille fois, Hortense a pensé qu’elle devrait la rappeler, lui expliquer pourquoi elle avait refusé son présent. Elle ne connaissait que trop bien cette odeur. Le parfum  dont se drapait  sa mère lorsqu’elle s’apprêtait pour les grandes occasions. Elle avait alors envie de courir vers elle et d'enlacer cette déesse. Mais à chaque fois, elle devait stopper son élan car celle-ci avait peur qu’elle ne froisse sa tenue. Depuis, cette senteur était devenue le signal d’une distance à garder.

 Cette même fragrance l’avait éloignée de sa meilleure amie.

 

Bien avant, lorsqu’elles étaient encore adolescentes, Agathe  lui avait offert un autre présent : une guayabera menthe à l’eau qui avait le pouvoir de lui remonter le moral dans les moments difficiles.

« Il est peut-être temps maintenant d’enfiler cette vieille guayabera » pense Hortense.

Avant de se lever pour aller la chercher, Hortense fixe à nouveau son smartphone.

« Il est peut-être temps maintenant que j’appuie sur cette touche appel, qu’elle passe au vert »

6 commentaires:

José V. a dit…

Bonjour Danièle,
Voilà qu'Hortense se trouve seule. Son copain ne va pas venir (y a-t-il un froid entre eux ?) et elle a été odieuse avec sa meilleure amie qui est vexée.
Pourquoi Hortense a-t-elle un si lourd passif vis-à-vis de sa mère ? Bien sûr il y a cette distance que la maman comme femme mettait entre elles. Mais il y a autre chose là dessous. Quoi ?
J'attends la suite. Bonne semaine,
José

Jan M. a dit…

Bonjour Danièle,
Joliment construit ce premier chapitre. Et que de questions de l'on se pose, c'est excitant !
Comme José, on se demande immédiatement quel est le vrai problème entre Hortense et sa mère...
Difficultés de réussir de simples relation avec autrui ? Est-ce le même problème avec toutes ses relations ?
Pourquoi ne trouve-t-elle pas une personne à qui se confier ? Je ne pense pas nécessairement à un psy !
Toujours est-il qu'on a vraiment envie d'en savoir plus tant c'est bien écrit.
Bien à toi,
Jan.

Michel M. a dit…

Bonjour Danièle,
L'amitié ne serait elle basée que sur des non-dits ?
Pourquoi Hortense ne s'est elle jamais confiée à son amie ?
Est-elle aussi secrète avec son ami ?
Dommage que l'histoire ne commence pas vraiment, j'ai un peu l'impression que c'est le prologue qui continue...
J'attends avec impatience la suite pour voir comment Hortense va évoluer...
Bien à toi,
Michel.

Nadera C. a dit…

Bonjour Daniel,
Joli! Des non dits qui en disent long. Pourquoi Hortense a attendu 4 mois pour se décider enfin à contacter son amie en sachant qu'elle a été maladroite avec elle. Pourquoi ne s'est elle pas excusée directement après cet incident? Le vide est-il en train de s'installer autour d'elle?
Quel est le but de tous ses voyages ? La fuite inconsciente d'une douleur enfuie dans son passé...
Bon dimanche. Merci.
NADERA

Liliane W. a dit…

Bonjour Danièle,
Un texte bien mené et agréable à lire. Sous la querelle anodine surgissent des éléments importants : la manière dont est perçue Hortense qui révèle un trait de son caractère et le souvenir d’enfance d’une mère distante. Avec une chute positive : on espère qu’Agathe ne sera pas rancunière.
Comme tes autres lecteurs, je m’interroge sur la personnalité d’Hortense, sur les raisons de sa difficulté à créer des liens chaleureux, sur ce qu’est devenue sa relation avec sa mère… Tu ouvres pas mal de pistes et c’est une excellente chose, cela te permettra de créer des épisodes éclairants au fil des consignes et du vécu d’Hortense, le texte mosaïque se prêtant particulièrement bien à ce genre d’e récit.
Une remarque cependant tu utilises le vert de manière concrète. Il est intéressant d’utiliser la couleur pour sa valeur symbolique, pour ce qu’elle évoque, de ne pas accumuler les références concrètes qui font trop apparaitre la consigne.
Dans ton prochain texte, sous le signe du jaune, Hortense sera face à un bibelot lié à une « première fois. »
Bon travail,
Liliane

Colette R. a dit…

Petit message de Colette

Bonjour à vous tous, les amis,
Je ne trouve que ce moyen pour vous contacter et vous dire que Liliane est hospitalisée à Dinant suite à une mauvaise grippe.
Je l'ai eue en ligne ce matin. Elle se semble fort faible et la toux l'épuise depuis plus d'une semaine.
Bien sûr, elle s'inquiète pour l'atelier Escale du Nord qu'elle ne peut assumer pour l'instant. Ce qui veut dire que le blog est momentanément suspendu.
Un petit message de notre part lui fera certainement plaisir. et lui donnera la force pour combattre ce sale virus.
Montrons-lui qu'elle compte pour nous !
J'espère toucher tout le groupe par ce biais...
Je vous souhaite un beau week-end !
Colette